rond

Le monde est ainsi est ainsi rêvée en en sa rondeur, en sa rondeur de fruit. 
La Poétique de la rêverie, Gaston Bachelard

Tu es un artiste, hélas tu ne peux plus te refuser le précipice monstrueux de tes yeux.
Le Funambule, Jean Genet

Le monde est ainsi est ainsi rêvée en en sa rondeur, en sa rondeur de fruit.
La Poétique de la rêverie, Gaston Bachelard

« Le soleil sur le lac s’attarde comme un paon. »
Dépaysage, Jean-Clarence Lambert

Disque, sphère, cercle, boule.

Le rond s’impose à l’œil comme un absolu, tendu et sensuel. Douceur et fluidité lui permettent d’échapper à l’emprise : il roule et rebondit.
Suspendu, il est pendule au mouvement infini. Seul, il est obsédant, total et vertigineux.
Trou noir, c’est l’aspiration. Rond blanc, l’oasis.
Un tout autosuffisant, sans négociation possible : une révolution perpétuelle. L’autarcie formelle, jamais déformée par la perspective. Une intransigeance peu commode, énervante même.
Aucun compte à rendre aux angles. Insaisissable, il ne se laisse pas définir. Une forme sans sens, orientation, circonférence ni surface finie. Tant de multiples de Pi, jamais avérés. Le mystère de l’égalité des distances et de la suprématie du centre.
Il pourrait tourner aveuglément, sans que l’œil n’y décèle une aspérité. Toujours sur la tangente, fuyant funambule.

Globe, planète, soleil, orbite.

Sa cohabitation visuelle est difficile. Exil des corps parfaits, il s’accommode mal de ses congénères. Laideur et fadeur des ronds alignés et ordonnés, le rond est-il fatalement solitaire dans la géométrie ?
Ne peut-il s’équilibrer que dans un paysage astral, accidenté et explosé ?
Il y rayonne. Corps céleste, sa perfection le nimbe de mystère. Divin et mystique, il devient le signe d’une intelligence supérieure.

Objet paradoxal, symbole d’une rationalité claire mais inconfortable car jamais posée. Centré sur lui-même, figé dans un éternel retour et pourtant tournant sans qu’on le surprenne.
Ouroboros, le serpent se mord la queue, nous tournons en rond : il échappe encore.

Le rond est un idéal guidant le crayon. Le dessin se réchauffe à ses vibrations et le déforme pour accentuer sa sensualité, pour amorcer une fragilité. Mettre de l’irrationnel dans les formes, de la vie dans les objets, de l’émotion en équilibre. L’asymétrie est une prise de risque, la menace de la chute, même en figure close.
Incertitude de l’harmonie visuelle : un pas de côté et c’est une décevante mode, au pire un échec. Le chemin est étroit vers l’intemporalité, la légèreté, la différence et l’émotion.

Oscillation, équilibre, décision.

Ainsi vont les objets. D’un rond glissant, pincé d’une pointe pour gagner en élégance. Forme dynamique ou organique dans une danse équivoque, flirtant parfois avec la vulgarité, le trop émotif, l’excès de sensualité. En milieu incertain, trouver une forme ronde mesurée, équilibrée et asymétrique. L’affiner sans congé régulier, ne pas se laisser attendre.
Rejoindre les corps, s’en accommoder. Faire des objets pour la vie, adoucir les lignes. Arrondir les angles, fluidifier nos regards. Pas d’arêtes que le vertige ne puisse heurter. Pas d’enfant blessé par les chants. Notre monde accueillant, entre industrie rationnelle et imaginaire dessiné et exigé par l’homme dans sa réalité corporelle et son rapport au monde naturel.

Rêve, dessin, objet.

Point.